Pour éviter un nouveau naufrage
LPP â La consultation sur la rĂ©forme de la LPP dĂ©montre de la part de lâexĂ©cutif fĂ©dĂ©ral un mĂ©pris flagrant de la volontĂ© du peuple. Heureusement, il est encore temps de corriger le tir. En dĂ©tail, la liste des plus grosses erreurs.
Ceux qui sont corrigĂ©s par les Ă©lecteurs devraient en tirer une leçon. Le conseiller fĂ©dĂ©ral Alain Berset ne le fait pas. Sa nouvelle rĂ©forme de la LPP ignore la volontĂ© du peuple. En septembre 2017, les Ă©lecteurs enterrent le projet PrĂ©voyance vieillesse 2020. Une dĂ©faite douloureuse qui a laissĂ© des traces. Notre ministre des affaires sociales a perdu lâenvie de donner de sa personne. Car la nouvelle mouture du projet sâappuie sur un modĂšle syndical soutenu par lâUnion patronale suisse, Ă quelques nuances prĂšs. Le conseiller fĂ©dĂ©ral Berset risque une nouvelle fois le naufrage. Car le projet de rĂ©forme, appelĂ© Ă tort «compromis social-alliance», ignore prĂ©cisĂ©ment la volontĂ© du peuple.
Le principe de lâarrosoir
LâenquĂȘte menĂ©e suite Ă la premiĂšre votation avait clairement dĂ©montrĂ© que le supplĂ©ment dâAVS de 70 francs par mois Ă©tait le facteur clĂ© de lâĂ©chec. Or le projet actuel tente dâintroduire une rente LPP pouvant aller jusquâĂ 200 francs par mois. Cela ne peut pas marcher, car la distribution de fonds selon le principe de lâarrosoir a Ă©tĂ© sanctionnĂ©e. Mais quâĂ cela ne tienne! Cette prĂ©occupation nâintĂ©resse pas les auteurs de la nouvelle rĂ©forme. En fait, ces derniers augmentent mĂȘme la rĂ©partition des fonds selon le principe de lâarrosoir en accordant mĂȘme aux plus riches des rentes LPP plus Ă©levĂ©es. Quelle redistribution absurde! Un millionnaire qui sâapprĂȘte Ă prendre sa retraite ne devra cotiser que quelques centaines de francs pour financer les complĂ©ments de pension. Pour ce montant minimal, il recevrait alors un supplĂ©ment de 200 francs pour le reste de sa vie.
Expansion au lieu dâĂ©pargne
La deuxiĂšme raison de lâĂ©chec du premier projet rĂ©side dans le fait dâopter pour le dĂ©veloppement de cette assurance au lieu de lâĂ©pargne. LĂ non plus, aucun changement dâattitude: avec des coĂ»ts annuels supplĂ©mentaires dâenviron 1,5 milliard de francs, les pertes de rentes qui rĂ©sulteraient dâune rĂ©duction du taux de conversion minimal LPP Ă 6% peuvent ĂȘtre compensĂ©es. Le projet de consultation entraĂźnerait des coĂ»ts annuels supplĂ©mentaires de plus de 3 milliards de francs. Les gens veulent des solutions simples et bon marchĂ© et non un dĂ©veloppement au coĂ»t exorbitant.
Au détriment des jeunes
Un troisiĂšme facteur dâĂ©chec du premier projet est dĂ» au fait quâil se serait fait au dĂ©triment des jeunes. Or le projet de loi en consultation va encore plus loin. Les supplĂ©ments de pension nouvellement demandĂ©s sont conçus de maniĂšre Ă diminuer au fil du temps. Les montants les plus Ă©levĂ©s seraient payĂ©s Ă ceux qui ne participent au financement que pour une courte pĂ©riode. Les plus jeunes qui, en revanche, devraient accepter des dĂ©ductions salariales plus Ă©levĂ©es tout au long de leur vie professionnelle, ne recevraient que des montants dĂ©risoires. Pas Ă©tonnant que la proposition de rĂ©forme de Berset soit unanimement rejetĂ©e par les jeunes et dans les partis.
Dans la foulĂ©e, on oublie aussi que les personnes ayant le droit de vote se sont prononcĂ©es contre une augmentation de 0,6% des taux de TVA en 2017. Sans avoir lâidĂ©e de lâaugmenter, comment pourrait-on rĂ©diger des propositions de rĂ©forme encore bien plus coĂ»teuses que les projets prĂ©cĂ©dents?
Heureusement, nous nâen sommes quâau stade de la consultation. Il est encore temps de modifier fondamentalement la proposition et de la rendre capable de remporter une majoritĂ©. Ce nâest quâen prenant au sĂ©rieux la volontĂ© exprimĂ©e par le peuple que nous pourrons Ă©viter une nouvelle dĂ©bĂącle dans les urnes.
Kurt Gfeller, usam
