Publié le: 5 juillet 2019

La Poste maltraite les entreprises privées

Le scandale de CarPostal et la polĂ©mique qui se dĂ©place de commune en commune au rythme de la fermeture des guichets postaux ne sont pas les seuls indices d’un management qui a perdu le sens du service Ă  la population et Ă  l’économie. La Poste semble oublier qu’elle est une entreprise propriĂ©tĂ© Ă  100% de la ConfĂ©dĂ©ration, autrement dit du peuple suisse, et qu’elle est rĂ©gie par une loi qui lui fixe une mission et des rĂšgles de conduite.

Cette regrettable situation dĂ©coule du comportement de la Poste dans la gestion de nombreux domaines: marchĂ©s publics, tarifs de distribution des journaux, Publibike, accord avec Amazon
 Sur toutes ces questions, ce n’est pas la transparence mais une trĂšs obscure clartĂ© qui rĂšgne le plus souvent dans les faits, comme dans les rĂ©ponses fournies jusqu’à prĂ©sent par la Poste et le Conseil fĂ©dĂ©ral.

En septembre 2018, un appel d’offres de la Poste m’a incitĂ© Ă  dĂ©poser une interpellation parlementaire. Cet appel d’offres indiquait que seules les offres en allemand seraient acceptĂ©es et que la langue de projet et de nĂ©gociation Ă©tait l’allemand. Le Conseil fĂ©dĂ©ral n’a pas tardĂ© Ă  rĂ©pondre que la Poste acceptait «dĂšs maintenant (c’est moi qui souligne) des offres dans les trois langues officielles». Un rappel Ă  l’ordre a donc suffi.

En d’autres occasions, en revanche, ce rappel ne suffit pas. La loi sur la Poste prĂ©voit, par exemple, que les tarifs ordinaires d’acheminement des journaux dans les boĂźtes aux lettres doivent ĂȘtre les mĂȘmes dans tout le pays et que des dĂ©ficits peuvent ĂȘtre tolĂ©rĂ©s dans ce secteur d’activitĂ©. Or, personne ne sait aujourd’hui comment ces tarifs sont fixĂ©s. Les Ă©diteurs de journaux se battent en justice depuis plusieurs annĂ©es pour tenter de savoir comment ces tarifs sont calculĂ©s et s’ils respectent le cadre lĂ©gal. La Poste n’en a cure. Elle continue d’appliquer des tarifs complĂštement opaques et, vraisemblablement, contraires Ă  la loi.

Dans cette affaire, le Conseil fĂ©dĂ©ral soutient l’attitude de la Poste, en estimant que les mĂ©thodes de calcul des tarifs contestĂ©s sont couvertes par le secret des affaires. En clair, le gouvernement dit aux citoyens et Ă  leurs reprĂ©sentants qu’ils n’ont pas le droit de savoir si les rĂšgles lĂ©gales sont respectĂ©es ou non. Belle leçon d’obscurantisme.

Un Ă©pais brouillard couvre Ă©galement les rapports financiers existant entre la Poste, CarPostal et Publibike, la filiale de CarPostal qui s’est lancĂ©e dans l’offre de vĂ©los en libre-service dans les grandes communes de Suisse. Quand on lui pose des questions Ă  ce sujet, le Conseil fĂ©dĂ©ral prend bien soin de prĂ©ciser que c’est «selon les informations fournies par la Poste» qu’il rĂ©pond. Une maniĂšre de n’assumer aucune responsabilitĂ©.

Sur le fond, il est notamment question de pertes de Publibike toutes ces derniĂšres annĂ©es, mais dont on ne communique pas le montant. Le Conseil fĂ©dĂ©ral ajoute que des prestations sont fournies par CarPostal Ă  Publibike et qu’elles sont rĂ©munĂ©rĂ©es par un forfait mensuel, lui aussi tenu secret. Quant aux investissements de Publibike, ils sont avant tout financĂ©s par des prĂȘts accordĂ©s par d’autres entitĂ©s du groupe La Poste Ă  un taux qualifiĂ© d’usuel. Si vous souhaitez en savoir plus sur l’ampleur de ces prĂȘts et Ă  quel taux rĂ©el ils sont octroyĂ©s, vous repasserez. On risquerait de constater, qui sait, que Publibike est subventionnĂ© par la Poste, au dĂ©triment de ses concurrents sur le marchĂ©.

C’est le mĂȘme type de questions qui se posent avec l’accord conclu par la Poste avec Amazon: respecte-t-il l’égalitĂ© de traitement avec les autres plate-formes d’e-commerce? J’ai dĂ» mener un vĂ©ritable parcours du combattant parlementaire pour obtenir – enfin – que le Conseil fĂ©dĂ©ral exige qu’on applique la loi dans cette affaire.

Car le Conseil fĂ©dĂ©ral a d’abord dĂ©clarĂ© que la Commission fĂ©dĂ©rale de la Poste, la PostCom, chargĂ©e de contrĂŽler la Poste, n’avait constatĂ© aucune irrĂ©gularitĂ© dans le domaine des tarifs appliquĂ©s aux plate-formes d’e-commerce. Sur quoi, la PostCom m’a fait savoir qu’elle ne s’estimait pas compĂ©tente pour contrĂŽler cet aspect des choses. Bien embarrassĂ©, le Conseil fĂ©dĂ©ral a alors affirmĂ© qu’il y avait des divergences de vues concernant les compĂ©tences de la PostCom et que cette question devait ĂȘtre clarifiĂ©e dans le cadre d’une procĂ©dure judiciaire


Ce n’est que tout rĂ©cemment, en mai 2019, que le gouverne­ment a finalement acceptĂ© de prendre des mesures pour obliger la PostCom Ă  respecter ses obligations lĂ©gales et Ă  contrĂŽler les activitĂ©s de la Poste, y compris concernant l’accord avec Amazon et les autres plate-formes d’e-commerce. Cet heureux revirement, est-il annonciateur d’un changement d’attitude du Conseil fĂ©dĂ©ral vis-Ă -vis de la Poste?

* Conseiller national (PLR/VD)

olivier.feller@parl.ch

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