Irréaliste et mauvais timing
NON AU CONGĂ PATERNITĂ â «De nombreuses PME et entreprises artisanales sont incapables de faire face au congĂ© de paternitĂ©, au plan financier ou organisationnel», estime Diana Gutjahr, conseillĂšre nationale (UDC/TG). Elle plaide ici pour un NON convaincu.
Moins dâEtat, moins de bureaucratie et moins dâimpĂŽts, mais enfin plus de responsabilitĂ© personnelle: On lâentend partout. Et que se passe-t-il dans la rĂ©alitĂ©? Câest exactement le contraire: annĂ©e aprĂšs annĂ©e, une part de plus en plus importante de notre salaire est dĂ©duite de nos impĂŽts et de notre sĂ©curitĂ© sociale. Et maintenant, nous sommes censĂ©s donner encore plus de nos salaires, pour que certains dâentre nous puissent bĂ©nĂ©ficier de congĂ©s payĂ©s en devenant pĂšre? Il faut Ă©viter cela.
«peu de groupe reçoivent autant de lâĂtat que les familles.»
Le projet de loi, que nous voterons le 27 septembre, exige que les pĂšres bĂ©nĂ©ficient de deux semaines de congĂ©s payĂ©s dans les six mois suivant la naissance de lâenfant. Peu importe que le pĂšre vive dans le mĂȘme mĂ©nage que la mĂšre et lâenfant, ou que lâenfant vive en Suisse. Au moins cinq raisons parlent en faveur dâun NON clair.
Pas de frais supplémentaires
Le congĂ© de paternitĂ© public coĂ»terait aux employeurs et aux employĂ©s environ un milliard de francs, y compris les coĂ»ts de suivi dans les entreprises. Or de nombreuses PME et entreprises artisanales sont incapables de faire face au congĂ© paternitĂ©, que ce soit au plan financier ou organisationnel. Les marges sont dĂ©jĂ faibles et lâabsence de collaborateurs est un poids. Ce sont des petits riens pour les entreprises, entend-on parfois. Mais il nây a rien de plus faux.
Aucune intervention sur le marché du travail libéral
De nombreuses entreprises ont mis au point des systĂšmes dâincitation individuels pour attirer des travailleurs qualifiĂ©s ou ont nĂ©gociĂ© des solutions dans le cadre de partenariats sociaux. Le congĂ© paternitĂ© lĂ©gal Ă©liminera ce facteur de compĂ©titivitĂ© et mettra davantage de pression sur les PME. Il est Ă©vident que ce sont surtout les grandes entreprises Ă capitaux Ă©trangers, qui vantent dĂ©jĂ les avantages de congĂ©s de paternitĂ© de plusieurs semaines, qui veulent maintenant voir leur gĂ©nĂ©rositĂ© cofinancĂ©e par le grand public.
Les employeurs et les partenaires sociaux sont responsables des conditions de travail et de salaire. LâEtat nâa rien Ă faire ici. Il serait donc erronĂ© dâintervenir davantage sur notre marchĂ© du travail libĂ©ral.
«La remise sur pied des assurances sociales en difficulté est prioritaire.»
Notre sociĂ©tĂ© est confrontĂ©e Ă dâĂ©normes dĂ©fis parce que les assurances sociales existantes ne sont pas financĂ©s Ă long terme. Non seuleÂment lâAVS nâest pas sĂ»re, mais lâAI a Ă©galement des dettes de dix milliards de francs. Et maintenant, la crise sanitaire a fait perdre aux assurances sociales AVS, AI et APG quatre Ă cinq milliards de francs de recettes. En outre, la crise a entraĂźnĂ© une dette de plusieurs milliards de francs envers le gouvernement fĂ©dĂ©ral.
Une augmentation de 0,7% de la taxe sur la valeur ajoutĂ©e est dĂ©sormais prĂ©vue pour la restructuration de lâAVS. Mais ce nâest que le dĂ©but! La restructuration et la rĂ©duction des dettes de la sĂ©curitĂ© sociale nous imposeront Ă tous de lourdes charges supplĂ©mentaires. Il serait douteux et irresponsable de crĂ©er un nouveau systĂšme de sĂ©curitĂ© sociale maintenant.
Pas dâargument en faveur de la sĂ©curitĂ© sociale
Nos assurances sociales ont Ă©tĂ© mis en place pour protĂ©ger les personnes contre la pauvretĂ© et les difficultĂ©s financiĂšres: lâAVS contre la pauvretĂ© des personnes ĂągĂ©es, lâAI contre la pauvretĂ© due Ă lâincapacitĂ© de travail, lâassurance chĂŽmage contre la pauvretĂ© due Ă la perte dâemploi.
«La naissance dâun enfant ne crĂ©e pas une dĂ©tresse existentielle. aucune raison que la sĂ©curitĂ© sociale sâapplique.»
La naissance dâun enfant ne provoque pas une dĂ©tresse existentielle, bien au contraire. Câest la plus grande joie que les parents puissent Ă©prouver! On peut sâattendre Ă ce que les pĂšres prennent deux semaines de vacances pour ĂȘtre avec leur famille. Je suis convaincu que si nous commençons maintenant Ă financer les jeunes hommes en bonne santĂ© et en forme, cet argent nous manquera pour les faibles de la sociĂ©tĂ©. Est-ce lĂ lâEtat-providence que nous voulons?
Pas de modĂšle de famille dâEtat
Le congĂ© paternitĂ© de lâEtat soulĂšve la question de savoir qui est responsable de la vie familiale. A mon avis, la dĂ©cision pour une famille est une dĂ©cision privĂ©e. Les partisans du congĂ© paternitĂ© veulent nous faire croire que la Suisse est au bas du tableau en matiĂšre de politique familiale. En fait, il nây a pas dâautre groupe de population en Suisse que les familles, qui bĂ©nĂ©ficient dâune plus grande attention de la part de lâEtat â du congĂ© de maternitĂ© aux allocations familiales, en passant par la rĂ©duction des primes dâassurance maladie, pour nâen citer que quelques-uns.
Préserver les emplois
En raison de la pandĂ©mie de Corona, la Suisse est en proie Ă une grave crise Ă©conomique. Les gens perdent leur emploi tous les jours. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir des emplois! Nous devons allĂ©ger la charge qui pĂšse sur les employeurs et les employĂ©s. Dans ce contexte, il serait tout Ă fait erronĂ© dâimposer Ă lâEtat une nouvelle charge de congĂ© de paternitĂ©. Pour toutes ces raisons, je recommande un NON convaincu au congĂ© de paternitĂ© imposĂ© par lâEtat.
Diana Gutjahr, conseillĂšre nationale (UDC/TG)
