Densification urbaine: mythe ou réalité
planification territoriale â Accorder un droit de regard aux associations de protection de la nature dans les projets de crĂ©ation de zone Ă construire. La dĂ©cision des juges du TF nâemprunte pas vraiment le sentier permettant de simplifier la situation!
Face Ă lâĂ©volution dĂ©mographique et sociĂ©tale, tout le monde sâaccorde Ă dire quâil faut penser lâurbanisme en trois dimensions. Le mot magique: densification. Facile Ă dire. Mais entre les voisins qui militent pour leur propre confort et les associations de prĂ©servation du patrimoine, câest un rĂ©el casse-tĂȘte chinois. Un compromis est donc nĂ©cessaire: il nâest pas rĂ©aliste de protĂ©ger le sol de maniĂšre quasi absolue alors que les conditions requises Ă la densification ne sont pas Ă disposition. La dĂ©cision des juges fĂ©dĂ©raux dâaccorder un droit de regard aux associations de protection de la nature dans les projets de crĂ©ation de zone Ă construire ne va pas dans le sens dâune simplification de la situationâŠ
Depuis lâentrĂ©e en vigueur de la derniĂšre rĂ©vision de la lĂ©gislation fĂ©dĂ©rale sur lâamĂ©nagement du territoire, le 1er mai 2014, lâextension des zones Ă bĂątir a fait lâobjet dâune nouvelle rĂ©glementation dĂ©taillĂ©e. Celle-ci a ainsi attribuĂ© la crĂ©ation de nouvelles zones Ă bĂątir Ă la ConfĂ©dĂ©ration. Sur cette base, la Fondation suisse pour la protection de la nature et du paysage sâĂ©tait opposĂ©e au projet de classement de zones Ă bĂątir dans la commune lucernoise dâAdligenswil. Le Tribunal fĂ©dĂ©ral lui a donnĂ© raison (lire lâencadrĂ©).
Selon les juges fĂ©dĂ©raux, les organisations de protection de la nature et du paysage actives au niveau national doivent donc se voir reconnaĂźtre la qualitĂ© pour agir. Le cas de Adligenswil a des rĂ©percussions sur toute la Suisse: les associations pour la nature pourront recourir contre des zones Ă bĂątir. Avant dâautoriser la crĂ©ation de nouvelles zones Ă bĂątir, les autoritĂ©s doivent Ă prĂ©sent tenir compte de lâavis des associations de protection de la nature.
Non, la Suisse nâest pas devenue âšune vaste terre bĂ©tonnĂ©e.
Il faut relativiser le postulat selon lequel la Suisse serait une vaste terre bĂ©tonnĂ©e. Les chiffres parlent dâeux-mĂȘmes: 91,5% de la surface de la Suisse nâest pas construite. Le mitage du territoire et la bĂ©tonisation doivent donc ĂȘtre remis en perspective. Lâimportance du sol sur le plan de la production que de la compĂ©titivitĂ© pour lâagriculture mais Ă©galement pour les entreprises est indĂ©niable, or, avec cette dĂ©cision du TF, on va vers une tendance Ă la protection absolue des sols. Pour rĂ©duire les effets pervers de lâĂ©talement urbain, la solution parait simple, sĂ©duisante et consensuelle: densifier! Certes la densification des constructions dĂ©samorce dâun coup beaucoup de problĂšmes: protection des terres agricoles, arrĂȘt du mitage, rĂ©duction de la pendularitĂ©, Ă©conomie de coĂ»ts dâĂ©quipement, diminution des prix des terrains et des locations, etc.
Or bien quâelle ne soit plus contestĂ©e par personne en thĂ©orie, la solution prend un autre visage dĂšs lors que lâon parle de sa mise en Ćuvre. Les projets de densification se heurtent Ă toutes sortes de problĂšmes, tels que les occupants actuels, les voisins, les municipalitĂ©s et lâInventaire fĂ©dĂ©ral des sites Ă protĂ©ger (ISOS).
Certes, tout le monde est emballĂ© par la principe de la densification. Toutefois, celle-ci implique un changement ou mĂȘme une dĂ©tĂ©rioration du bien immobilier que lâon possĂšde. La premiĂšre rĂ©action des voisins est bien souvent la mĂ©fiance, voire le rejet.
Lâillusion de la densification
Ces oppositions reviennent parfois à mettre des quartiers entiers sous cloche! Il est donc légitime de tirer un bilan mitigé de la mise en vigueur de ce principe.
La densification du territoire bĂąti est nĂ©cessaire: face Ă la croissance dĂ©mographique et Ă lâextension continue des surfaces urbanisĂ©es, les collectivitĂ©s publiques sont amenĂ©es Ă chercher une utilisation plus rationnelle du sol, en adĂ©quation avec un dĂ©veloppement durable du territoire. ConcrĂštement, cette densification lĂ©gitime du milieu bĂąti permet de rationaliser les Ă©quipements publics, dâoptimiser lâutilisation des transports en commun, dâamĂ©nager des espaces publics, de rendre les commerces viables ainsi que de rĂ©pondre Ă des Ă©volutions sociĂ©tales.
Or, si la densification se voit mettre des bĂątons dans les roues et que la crĂ©ation de nouvelles zones Ă bĂątir est elle aussi mise Ă mal, on se retrouve dans une impasse. La dĂ©cision du TF revient Ă effectuer un pas dans la mauvaise direction. En impliquant un acteur de plus, elle rend complique un processus de crĂ©ation de nouvelles zones Ă bĂątir. Un dĂ©dale dĂ©jĂ extrĂȘmement compliquĂ©!
HĂ©lĂšne Noirjean,âšresponsable amĂ©nagement du âšterritoire, agriculture et commerce
tribunal fédéral
Recours admis dans le canton de Lucerne
Lâaffaire remonte Ă 2014. LâassemblĂ©e communale dâAdligenswil dans le canton de Lucerne avait adoptĂ© une rĂ©vision gĂ©nĂ©rale de sa planification locale. Elle avait notamment acceptĂ© des classements en zone Ă bĂątir Ă des fins rĂ©sidentielles. La Fondation suisse pour la protection de la nature et du paysage avait dĂ©noncĂ© le projet au Conseil dâEtat lucernois, qui avait approuvĂ© le plan de la commune et avait rejetĂ© le recours. La fondation nâavait alors pas baissĂ© les bras et avait saisi le Tribunal cantonal, qui avait donnĂ© son verdict: lâorganisation nâa pas la qualitĂ© pour recourir contre ce genre de reclassement territorial en zone rĂ©sidentielle. En aoĂ»t dernier, le Tribunal fĂ©dĂ©ral a pourtant donnĂ© raison Ă la fondation et a annulĂ© lâarrĂȘt cantonal: depuis lâentrĂ©e en vigueur de la derniĂšre rĂ©vision de la LAT, la crĂ©ation de nouvelles zones Ă bĂątir relĂšve de la ConfĂ©dĂ©ration. Les organisations de protection de la nature doivent donc pouvoir agir. Ceci Ă©largit massivement lâinfluence de ces associations.No
