Journal des arts et mĂ©tiers: Que pensez-vous de la proposition des syndicats sur la rĂ©vision de la LPP, soutenue par lâUnion patronale?
Mia Mendez: La proposition contient quelques bons Ă©lĂ©ments, comme une rĂ©duction du montant de coordination pour les travailleurs Ă temps partiel. Toutefois, cet objectif pourrait ĂȘtre atteint plus facilement en pondĂ©rant le degrĂ© dâemploi par rapport Ă la retenue de coordination (50% de la charge de travail = 50% de la retenue de coordination). Nous rejetons catĂ©goriquement la proposition dâintroduire un Ă©lĂ©ment de prĂ©lĂšvement dans le rĂ©gime par capitalisation.
Les partenaires sociaux ont prĂ©sentĂ© un «compromis» avant les vacances â sans la participation de lâusam â et veulent introduire une composante «prĂ©lĂšvement» dans la LPP. Pourquoi rejettez-vous cette approche?
En Suisse, nous sommes fiers de nos 3 piliers. Le premier est financĂ© par la rĂ©partition. Le deuxiĂšme doit ĂȘtre financĂ© par la mĂ©thode de couverture du capital. Une composante par rĂ©partition nâa aucun sens ici. Le deuxiĂšme pilier a dâailleurs dĂ©jĂ Ă©tĂ© politisĂ©, en inscrivant dans la loi des paramĂštres techniques qui dĂ©pendent de lâespĂ©rance de vie et des perspectives de rendement. De tels paramĂštres nâont pas leur place dans notre droit.
La proposition syndicale prĂ©voit le versement Ă la gĂ©nĂ©ration des baby-boomers dâun complĂ©ment de retraite dâun montant maximal de 200 francs. Qui payerait?
Selon la proposition, toutes les personnes assurĂ©es en vertu de la LPP devraient verser une cotisation supplĂ©mentaire de 0,5% jusquâĂ concurrence dâun salaire maximal de 853â200 francs suisses.
Baisser le taux de conversion Ă 6% est-il le bon moyen de stabiliser le 2e pilier?
Non. 6%, câest encore beaucoup trop Ă©levĂ©, et nous avons besoin dâun rendement cible dâun peu moins de 3,5% pour pouvoir financer durablement cette prestation de retraite. Ătant donnĂ© que les pensions ne doivent pas ĂȘtre rĂ©duites, il devrait thĂ©oriquement ĂȘtre possible de financer cette pension sans risque. Le taux dâintĂ©rĂȘt sans risque est actuellement de -0,8%.
De nombreuses caisses ont dĂ©jĂ abaissĂ© le taux de conversion sans que leurs retraitĂ©s nâaient reçu de compensation. Est-ce juste?
De nombreux conseils de fondation ont pris des mesures dans le cadre des possibilitĂ©s de lâemployeur et de la caisse de pension pour compenser (partiellement) les rĂ©ductions de pension. Cet objectif peut ĂȘtre atteint par une augmentation ponctuelle des rĂ©serves actuarielles des gĂ©nĂ©rations plus ĂągĂ©es et/ou par une augmentation des cotisations dâĂ©pargne. Chez PwC Suisse, nous avons fait de mĂȘme et brisĂ© le tabou de lâaugmentation de lâĂąge de la retraite au-delĂ de 65 ans (pour les hommes et les femmes). Toutefois, il est toujours possible de prendre sa retraite entre 58 et 70 ans.
Pour que les gĂ©nĂ©rations futures perçoivent la mĂȘme pension quâune personne de 65 ans en francs malgrĂ© un taux de conversion infĂ©rieur, la caisse de pension doit ĂȘtre alimentĂ©e pendant une pĂ©riode plus longue. Par exemple, je dois moi-mĂȘme travailler 9 mois de plus pour maintenir mon niveau de pension.
Selon ce modÚle, les jeunes payent pour les vieux. Combien de temps la jeune génération pourra-t-elle jouer à ce jeu?
Il nous faut une Greta Thunberg pour lâAVS. Les jeunes ne sont pas conscients de ce problĂšme et peu intĂ©ressĂ©s. Ce «compromis» devrait ĂȘtre rejetĂ©. PwC Suisse ne se sent pas du tout reprĂ©sentĂ©e par lâUnion patronale.
Les experts ont dit quâil vaut mieux de ne rien faire que dâaccepter un «compromis» des syndicats et de lâUnion patronale. Partagez-vous ce point de vue?
Il est urgent dâagir sur le 1er et le 2e piliers. Ce quâil ne faut certainement pas faire maintenant, cependant, câest une nouvelle augmentation des prestations pour les 15 prochaines cohortes de retraitĂ©s (les baby-boomers). Pourquoi tout le monde devrait-il ĂȘtre indemnisĂ© alors que «seulement» 15% sont assurĂ©s dans les plans LPP purs? Les caisses de retraite rĂ©duisent les taux de conversion depuis des annĂ©es. Il y a donc des milliers de retraitĂ©s qui ont pris leur retraite avec un taux de conversion infĂ©rieur Ă 6,8%. Et soudain, il y a un supplĂ©ment? Il vaudrait vraiment mieux de ne rien faire. Interview : Gerhard Enggist