Attention au recul du prêt-à-porter
commerce de dĂ©tail â La branche a bouclĂ© les comptes 2015 avec le plus fort recul de CA depuis un quart de siĂšcle. La tendance se poursuit en 2016 et menace avant tout les magasins traditionnels dits stationnaires. Le grand test de NoĂ«l peut commencer.
Les fĂȘtes de fin dâannĂ©e approchent. Et, cette fois-ci, elles constituent un enjeu particulier pour les dĂ©taillants suisses et leurs employĂ©s. Il sâagit de quelque 317â000 personnes en Suisse, plus de 30â300 dans le canton de Vaud et prĂšs de 20â500 dans celui de GenĂšve (chiffres de 2014 de lâOffice fĂ©dĂ©ral de la statistique). La branche a en effet bouclĂ© les comptes de 2015 avec le plus fort recul de chiffre dâaffaires depuis au moins vingt-cinq ans, par rapport Ă lâexercice prĂ©cĂ©dent: moins 2,3%. Pour 2016, nombre dâexperts sâattendent Ă une stagnation des recettes dans lâalimentaire et une forte baisse dans le non-alimentaire. Les achats de dĂ©cembre, souvent 15% des ventes annuelles dans la grande distribution, ne modifieront pas cette tendance.
SpĂ©cialiste des Ă©tudes de marchĂ©, lâinstitut nidwaldien GfK Switzerland AGprĂ©voit une baisse des ventes de 3 Ă 4% en 2016 dans le non-alimentaire. Elle succĂ©dera Ă celle observĂ©e lâan dernier dans la confection: moins 5%. Cette tendance menace avant tout les magasins traditionnels dit stationnaires, et leurs employĂ©s. Les ventes en ligne tendent en effet Ă croĂźtre, mais sans compenser les baisses endurĂ©es dans les bons vieux commerces et centres commerciaux.
LâAssociation suisse de vente Ă distance (ASVAD) indique ainsi que les ventes des dĂ©taillants suisses ont diminuĂ© de 2,5 milliards de francs dans les magasins stationnaires de 2010 Ă 2015, tandis quâelles nâont progressĂ© que dâun peu plus de 2 milliards sur le Net au cours de la mĂȘme pĂ©riode. La Toile accroĂźt en plus les forces du tourisme dâachat: le montant des emplettes online Ă lâĂ©tranger, portant sur des produits ou des services livrĂ©s en Suisse, aurait augmentĂ© de 22% entre 2008 et 2015.
A tout cela sâajoute la persistance de prix en baisse dans la grande distribution helvĂ©tique depuis 2012, exceptĂ©e la stagnation constatĂ©e en 2014. Lâan dernier, ce fut moins 1,1% et ce sera moins 0,1% cette annĂ©e. Une Ă©tude prĂ©sentĂ©e mardi Ă Baden par NetComm (lâAssociation suisse des opĂ©rateurs de commerce Ă©lectronique et de la communication numĂ©rique) et le consultant Contactlab a apportĂ© de nouvelles donnĂ©es, confirmant les fortes pressions pesant sur les magasins traditionnels de nos citĂ©s. Surtout si leur offre porte sur des vĂȘtements et des chaussures. Le montant des achats en ligne de la population suisse a ainsi progressĂ© de plus dâun cinquiĂšme au cours des douze derniers mois. Et plus de la moitiĂ© de ces opĂ©rations portait sur des articles de mode, suivis de prestations de transport et de places de spectacles.
La concurrence des dĂ©taillants Ă©trangers se rĂ©vĂšle en outre fĂ©roce: 61% des internautes sondĂ©s sâadressent en effet Ă des fournisseurs non suisses. «ThĂ©oriquement un retourneÂment de tendance Ă©tait Ă prĂ©voir en janvier, un an aprĂšs lâabandon du cours plancher de lâeuro par rapport au franc. Malheureusement, il ne sâest pas produit», dĂ©plore le directeur gĂ©nĂ©ral de Manor, Bertrand Jungo. Tous ces Ă©lĂ©ments tendent Ă renforcer un constat: le marchĂ© suisse des articles de mode est saturĂ©. Avec lâoffre textile actuelle en Suisse, un nombre de clients deux fois supĂ©rieur Ă la population du pays pourrait ĂȘtre vĂȘtu. Dans le mĂȘme temps, le consultant immobilier Partner Real Estate AG relĂšve que plus dâun tiers des commerces des Rues-Basses, Ă GenĂšve, est vouĂ© Ă la mode. Ce score atteint mĂȘme 44% Ă la Freiestrasse Ă BĂąle et 37% sur la Bahnhofstrasse Ă Zurich.
Dans ce contexte, 10 000 emplois ont Ă©tĂ© biffĂ©s dans la grande distribution suisse au cours des cinq derniĂšres annĂ©es. Lâan dernier, le troisiĂšme distributeur du pays, Manor AG, propriĂ©tĂ© de la sociĂ©tĂ© genevoise Maus FrĂšres SA, a dĂ» lui-mĂȘme supprimer 150 postes. Globus, propriĂ©tĂ© de la FĂ©dĂ©ration des coopĂ©ratives Migros, a aussi sacrifiĂ© une soixantaine de postes. Avec une Ă©tude publiĂ©e hier, le cabinet dâaudit bĂąlois Ernst & YoungSchweiz apporte du baume au cĆur des dĂ©taillants helvĂ©tiques et de leurs collaborateurs. «Les Suisses prĂ©voient de dĂ©penser cette annĂ©e 7% de plus dans les cadeaux de NoĂ«l quâen 2015. Lâan dernier, la moitiĂ© des personnes interrogĂ©es se dĂ©clarait prĂȘte Ă des largesses supĂ©rieures Ă 200 francs. Cette annĂ©e, 55% des sondĂ©s manifestent des intentions comparables», indique Martin Gröli, responsable du secteur de la grande distribution chez Ernst & Young Schweiz. Des disparitĂ©s apparaissent toutefois selon les rĂ©gions. Les consommateurs de lâArc lĂ©manique ne participeront ainsi pas Ă lâaugmentation des achats de cadeaux: une majoritĂ© dâentre eux prĂ©voit de rĂ©duire son budget de NoĂ«l, selon Ernst & Young Schweiz.
A un peu plus dâun mois avant les fĂȘtes de fin dâannĂ©e, Thomas HochÂreutener, directeur du secteur de la distribution chez GfK Switzerland AG, prĂ©voit cette annĂ©e une baisse des ventes de 5% dans un domaine trĂšs prisĂ© pour les cadeaux: le prĂȘt-Ă -porter. Au lieu dâun recul de 8% observĂ© de janvier Ă la fin de septembre. Soit un lĂ©ger mieux.
(TDG)
