Publié le: 8 novembre 2019

Absence totale de vision

Finances fĂ©dĂ©rales – Le Conseil fĂ©dĂ©ral devrait dĂ©velopper une vision stratĂ©gique et reprendre le contrĂŽle des finances fĂ©dĂ©rales plutĂŽt que de se faire dicter des hausses de dĂ©penses Ă  tout va.

Le budget fĂ©dĂ©ral 2020 prĂ©sente un excĂ©dent, ce qui ne pourrait plus ĂȘtre le cas pour les exercices budgĂ©taires Ă  venir. Le contexte international pourrait Ă©voluer et influencer les perspectives budgĂ©taires. Et, c’est sans compter les rĂ©formes Ă  venir. L’appareil Ă©tatique s’est par ailleurs tellement complexifiĂ©, que la hausse des dĂ©penses en personnel semble inĂ©puisable.

Le budget 2020 prĂ©voit des recettes de 75,666 milliards de francs pour des dĂ©penses de 75,077 milliards de francs, soit un excĂ©dent ordinaire de quelque 590 millions de francs. MalgrĂ© l’entrĂ©e en vigueur de la RFFA, le budget est Ă©quilibrĂ© et les exigences du frein Ă  l’endettement sont respectĂ©es. Ce ne sont pas des efforts d’économies considĂ©rables de la part de l’administration ayant permis cet excĂ©dent. Non, le bon rĂ©sultat est dĂ» principalement aux recettes fiscales dĂ©coulant de l’IFD et de l’impĂŽt anticipĂ©. Mais, pas d’emballement, une certaine prudence reste de mise. L’évolution de la conjoncture risquerait, en raison de la situation internationale, d’ĂȘtre plus mauvaise que prĂ©vu dans un avenir proche, ce qui aurait des rĂ©percussions nĂ©gatives sur le montant des recettes fiscales pour la pĂ©riode de planification. Le plan financier 2021-2023, qui accompagne le B2020, reflĂšte de moins bonnes perspectives budgĂ©taires.

Optimiser les réformes

Les rĂ©formes fiscales planifiĂ©es dans le plan financier 2021-2023 constituent Ă©galement un facteur d’incertitude pour l’évolution de la situation budgĂ©taire. Elles sont bien Ă©videmment nĂ©cessaires et certaines, comme la suppression de la pĂ©nalisation des couples mariĂ©s dans le domaine de l’IFD, sont attendues depuis des dĂ©cennies. Tout l’enjeu de la rĂ©forme du couple et de la famille consistera Ă  trouver le modĂšle qui gomme la discrimination entre couples mariĂ©s et concubins et qui soit acceptable d’un point de vue des finances fĂ©dĂ©rales. Le modĂšle d’imposition proposĂ© par le Conseil fĂ©dĂ©ral coĂ»te trop cher et ne rassemblera vraisemblablement aucune majoritĂ©, un nouveau modĂšle doit donc ĂȘtre trouvĂ©.

D’autres rĂ©formes dans le pipeline? Oui, il faudra tenir compte de l’abolition des droits de douane sur les produits industriels, des rĂ©formes de l’AVS, de l’impĂŽt anticipĂ© et de la suppression des droits de timbre. La potentielle suppression de l’imposition de la valeur locative ou encore l’augmentation des dĂ©ductions pour primes d’assurance maladie auront aussi des impacts Ă  moyen terme. A plus long terme, et ce n’est rien de nouveau sous le soleil, il faut compter Ă©galement sur la hausse des dĂ©penses dans le secteur des soins et de la santĂ©. Une politique budgĂ©taire saine ne peut se faire qu’avec des rĂ©formes rĂ©flĂ©chies et utiles Ă  long terme et rĂ©pondant Ă  un bon rapport coĂ»t-bĂ©nĂ©fice du point de vue des finances fĂ©dĂ©rales.

Lourdeur de l’appareil Ă©tatique

MalgrĂ© les nombreux appels Ă  la prudence budgĂ©taire et au frein de la rĂ©glementation, les dĂ©penses de personnel augmentent encore et toujours dans B2020. A chaque fois, c’est le mĂȘme scĂ©nario: un parlementaire, dĂ©cidĂ© Ă  faire changer les choses, dĂ©pose une motion demandant de rĂ©duire les dĂ©penses au Conseil fĂ©dĂ©ral. Ce dernier rejette assez systĂ©matiquement la proposition. Et, mĂȘme lorsque le Parlement adopte une motion, l’appareil Ă©tatique rĂ©ussi Ă  freiner l’élan ou Ă  ne mettre en Ɠuvre qu’une partie de la mission. Dans le B2020, les dĂ©penses de personnel augmentent de 183 millions au total (+3,1 %) (87 millions dans le B2019). Les principaux vecteurs de cette croissance sont le versement d’une bonification unique en faveur des catĂ©gories particuliĂšres de personnel (70 millions), les mesures salariales (57 millions) et la crĂ©ation de postes (62 millions). Sur les derniers budgets, on peut observer la tendance suivante: plus de 84 millions pour B2018, plus de 163 millions pour B2017, plus de 14 millions pour B2016 (hausse moins importante pour 2016, car le Conseil fĂ©dĂ©ral avait dĂ» prendre des mesures d’économie pour contenir la hausse des dĂ©penses de personnel), et plus de 74 millions B2015.

En ce qui concerne les EPT, le B2020 prĂ©voit 37 631 postes EPT au total (administration fĂ©dĂ©rale, tribunaux et services du Parlement); ce qui correspond Ă  une augmentation de 267 postes (+0,7%) par rapport Ă  B2019. Les EPT augmentent presque chaque annĂ©e. Entre le C2015 et le B2020, on observe une hausse de presque 8%. Toutefois, une nuance doit ĂȘtre apportĂ©e. La hausse des EPT entre le C2016 et le C2017 est due Ă  l’adaptation des prescriptions comptables introduites dans le cadre du nouveau modĂšle de gestion (NMG). A compter de 2017, l’effectif moyen tient compte de l’ensemble du personnel engagĂ© par les unitĂ©s administratives (en sont exclus les collaborateurs externes qui ne disposent pas d’un contrat de travail avec la ConfĂ©dĂ©ration, les stagiaires de hautes Ă©coles et les personnes en formation).

En conclusion, les parlementaires vraiment dĂ©cidĂ©s devront redoubler d’efforts dans la nouvelle lĂ©gislature. Mais, qu’on se le dise sincĂšrement, ce n’est pas une ou deux motions qui changeront Ă  elles seules les choses. La clĂ©: le Conseil fĂ©dĂ©ral doit impĂ©rativement opter pour une vision stratĂ©gique Ă  moyen et long termes pour le bien des finances fĂ©dĂ©rales (voir Ă©galement article sur l’optimisation structurelle de l’administration fĂ©dĂ©rale).

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